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Cela faisait déjà plusieurs semaines que le studio Alzac à Montreux travaillait sur l'arrangement du titre Les yeux du coeur, chanson que j'avais soumise, sans partition, à l'équipe du studio et plus précisément à Marc Champod et son associé Victor Corbillon. Après avoir eu un entretien téléphonique début novembre avec Victor afin de parler du style de l'arrangement musical de la chanson, Marc et Victor travailleront d’arrache pied afin de nous délivrer un vrai bijou musical.

Philippe Demierre, Patrick Waeber et les 4 détenus des Etablissements de Bellechasse en plein enregistrement. .

Marc me téléphone fin novembre 2007, et, sans rien dire, démarre dans sa régie l’écoute de l’arrangement qui venait d’être enregistré en studio… A l’écoute des premiers sons l’émotion est immense. Victor et Marc ont fait un travail magnifique. Clavier, batterie, guitare, l’arrangement est une merveille et je me réjouis déjà de pouvoir poser ma voix sur ces accords si soignés et parfaits.

D’entente avec le directeur des Etablissements de Bellechasse, Monsieur Philippe Tharin ; avec les autorités de placement pour les détenus ; avec la Police cantonale fribourgeoise pour la sécurité, nous prenons rendez-vous avec le studio pour l’enregistrement vocal de la chanson les 3 et 4 décembre 2007. Nous nous rendons, avec Philippe Demierre (collaborateur avec qui il fait bon travailler, tant sa bonne humeur et son enthousiasme sont communicatifs) au Studio Alzac à Montreux, en date du 3 décembre 2007. Nous allons écouter l’enregistrement musical que j’avais entendu la veille par téléphone. L’écoute me confirme l’excellente qualité que j’avais imaginée. C’est un travail de pro et le résultat est vraiment surprenant et de très bonne qualité. Nous sommes vraiment ravis et excités comme des puces à l’idée d’enregistrer cette chanson.

Le studio profite de notre présence pour me faire enregistrer la partie solo du titre. J’ai trois perfectionnistes en régie. Aucun défaut ne passe. Ils sont à l’écoute sur chaque son, chaque mot que je prononce. La voix n’est pas encore suffisamment chaude, et je m’exécute avec beaucoup d’énergie, à enregistrer les premières notes de la chanson sur les conseils des trois hommes à l’écoute attentive. Et je me dis intérieurement, en riant : « moi qui pensais enregistrer facilement ce titre… avec mes trois spécialistes en régie, je ne suis pas encore sorti de l’auberge :-) ». Mais quel plaisir pour moi de chanter au studio Alzac. Philippe nous quitte. Un rendez-vous musical mais aussi les dernières instructions à donner aux détenus en vue de l’enregistrement du 4.

Difficultés. La police fribourgeoise nous informe qu’elle ne pourra malheureusement, malgré sa volonté, pas assurer la sécurité de notre transport à Montreux pour des raisons d’effectif. Je téléphone de suite à Monsieur Tharin pour lui annoncer la nouvelle… Ce dernier prend bonne note de ce fait, et me rassure en me demandant de conserver la date du 4, car il va trouver une solution. Il prend alors contact avec le Cdt Lehmann, de la Police cantonale vaudoise qui, spontanément, vient nous prêter main forte. Il déléguera à la Police Riviera le soin d’assurer la sécurité à Montreux durant notre séance d’enregistrement.

C’est pourquoi, avec le collaborateur et gardien Jean Haas, Philippe Demierre et moi-même, nous prenons la route le lendemain matin vers les 9h00 en direction du studio à Montreux. L’appréhension des détenus est palpable. Mélange d’excitation à l’idée de s’aérer quelque peu, le plaisir de participer à cette action, mais aussi l’inquiétude de ne pas être à la hauteur… J’avais prévu le coup…. Rires… Je leurs offre des croissants, des chocolats, des boissons ainsi que des journaux de manière à joindre l’agréable à l’utile et de faire de cette journée une expérience qui restera gravée dans nos mémoires.

Nous devons annoncer à la Police Riviera l’heure de notre départ de Bellechasse mais aussi notre arrivée sur le sol vaudois. Vers la sortie de l’autoroute de Montreux, la Police Riviera est déjà présente avec plusieurs véhicules et là nous sommes littéralement impressionnés par tout le dispositif qui a été déployé pour nous. La qualité et la spontanéité de cet engagement forcent l’admiration. Une rue fut totalement bloquée pour nous permettre le transfert des détenus au studio et une place de parc fut spécialement réservée pour notre véhicule. Durant toute la journée, la police sera présente sur les lieux en grand nombre, mais avec beaucoup de discrétion.

Je vous avais parlé d’une certaine appréhension palpable chez les détenus à l’idée d’enregistrer en studio, mais c’était sans compter la gentillesse et l’accueil chaleureux que nous ont réservé Marc et Victor. Tout le stress s’en va. Marc met tout le monde à l’aise et c’est très détendus que nous avons débuté cette journée de travail en studio. Les détenus découvrent l’arrangement du titre pour la première fois en régie. Ils sont enchantés et apprécient vraiment beaucoup la partie guitares électriques du morceau… Avant de passer en salle de travail, Marc nous tend les cartes de pizza du restaurateur d’en face. Chacun choisit sa pizza. Je prends les commandes et je traverses la rue devant le studio afin de remettre au restaurateur cette commande pour midi. Ce dernier nous fera même un très bon rabais spécialement pour l'occasion.

Les premières répétitions débutent alors sous la direction de Philippe Demierre, tout sourire et d’une efficacité déconcertante.  Avec beaucoup de patience et d’entrain, il dirige ce petit "chœur". Marc et Victor nous enregistrent et nous donnent leurs nombreux conseils. Un véritable plaisir. Une pause est prévue pour midi. Je me rends au restaurant d’en face et réceptionne les pizzas commandées plus tôt. Nous apprécions énormément tous les moments d’échanges entre nous les employés des EB, les détenus et les responsables du studio.

Les détenus nous remercient des dizaine de fois tant ils apprécient ces instants, et l’on entend de ci, de là, les réflexions suivantes :   « Cela faisait si longtemps.. : » ; « hmmm, j’apprécie vraiment…. » ; « ….merci pour ces bons moments » ; « C’est la plus belle journée que je passe depuis longtemps….. ». A entendre toute cette reconnaissance, ça en devient vraiment touchant. Et ça fait plaisir de partager ces moments avec eux.

Durant la pause de midi, les détenus demandent à Marc s’ils peuvent jouer quelque chose sur le magnifique et imposant piano à queue ainsi que sur les guitares présentes dans les différentes salles du studio. Marc accepte très volontiers et je découvre alors que tous les détenus savent jouer d’un instrument… Il y en a pour tous les goûts, mais ça fait plaisir de les voir comme ça, savourant chaque instant de cette journée. 

La suite du travail reprend. Ca n’a pas l’air comme ça, mais le studio, c’est du travail. Il faut répéter, reprendre, corriger et ce n’est pas toujours évident. Mais l’enthousiasme des détenus est tel, que personne ne bronche et tout le monde fait du mieux qu’il peut. Viennent ensuite les parties parlées. Nous les avons enregistrées en français. Mais Marc et Victor ont émis l’idée de les enregistrer en langues étrangères et chaque détenu a pu parler dans sa langue maternelle ou dans une autre langue que le français. Un coup de téléphone à M. Tharin pour l’approbation, et le choix des langues étrangères est fait. Le résultat est superbe.

Marc et Victor, avec beaucoup d’humour, nous ont souvent piégé par la plaisanterie lors des enregistrements parlés.  Nous éclats de rires sont même audibles sur le CD « Les yeux du cœur » et démontrent bien l’ambiance extraordinaire qui régnait dans le studio ce jour-là. L’enregistrement se terminera vers les 18h00.

Je tiens véritablement à remercier les personnes suivantes qui ont permis l’aboutissement de ce projet qui a été lancé en décembre 2006.

Monsieur Philippe Tharin, directeur des EB, et sans qui rien n’aurait été possible ; les détenus des établissements qui se sont engagés, le Groupe E qui a financé les 40% de la production du disque, tous les donateurs anonymes qui ont permis de rassembler suffisamment d’argent pour que ce projet voit le jour. Monsieur Damien Greub, graphiste de talent qui a fait une pochette vraiment magnifique et ce, bénévolement ;  Philippe Demierre pour la direction du « chœur » de Bellechasse, Isabelle Gaillet pour sa précieuse aide administrative dans ce projet ; La Police cantonale vaudoise et la Police Riviera pour leur engagement et leur spontanéité, Marc Champod et Victor Corbillon pour leur gentillesse et leur professionnalisme, Conradine Cattin qui a été le « déclencheur » de toute cette action ; Octave, la chienne-guide pour aveugle et jeune Labrador que j’ai bien connue et qui est en quelques sortes la mascotte des « Yeux du cœur » ; toutes les personnes qui nous ont témoigné leur soutien et surtout VOUS TOUS qui avez acheté ou qui achèterez ce disque et qui, à son écoute, pourront ressentir et peut-être même goûter à un peu de ce bonheur qui nous animait tous ce jour-là. Pour la Fondation Ecole Romande pour Chiens-Guides d’Aveugles à Brenles dans le canton de Vaud et à sa responsable, Madame Christine Baroni-Pretsch, MERCI MILLE FOIS. Patrick Waeber et les Etablissements de Bellechasse à Sugiez.

Au centre, de gauche à droite : Philippe Demierre, Patrick Waeber, Marc Champod et Victor Corbillon.

Jean Haas, gardien aux Etablissements de Bellechasse, en premier plan, en plein écoute !

Marc Champod et Victor Corbillon.