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Une tendre complicité entre Conradine et Octave durant ces merveilleuses années 2005-2006 ! 

Conradine Cattin, marraine d’Octave durant 15 mois, a accueilli chez elle la chienne du 4 mai au 17 juin 2006.


Dans le courant du mois d’août, nous avons rencontré, pour vous, Conradine Cattin. Conradine c’est plus de 20 ans d’expériences professionnelles auprès des personnes malades, âgées ou en fin de vie. Profession que Conradine considère plus comme étant une réponse à un appel reçu sur sa vie. Elle a travaillé dans les années 90 dans plusieurs homes médicalisés puis a travaillé dans une clinique à Fribourg en qualité d’aide soignante. Dans les années 2000 Conradine a rejoint la Croix Rouge de Fribourg en qualité d’aide soignante pour des soins à domicile et soins palliatifs et à débuté en 2002 son travail d’animatrice au home de Mon Repos à la Neuveville. Elle effectue également depuis l’année 2003 des soins à domicile en privé dans la région du Haut Lac et du Vully. Mais Conradine c’est également un parcours incroyable et des formations en continue depuis les années 90 sur des thèmes les plus divers touchant au « Bien-être » comme « La médecine traditionnelle chinoise en Europe », « Excusez-moi de vieillir », « L’impact de la voix dans les soins relationnels », « Le sens de la maladie », « Divorcer avec la misère », « L’impact de la voix », « Prendre soin de soi pour prendre soin des autres », « Humour et art de vivre », « Vivre pleinement », « Les deuils de la vie », « Apprivoiser son ombre », « Vivre positivement les crises dans le couple », « Gérer les conflits », « Donner du sens à sa vie », « Massages aromatiques », « Toucher et massage », « Cours de Burnaut », « La lecture à haute voix », « Se désencombrer », « Bougies auriculaires », « Anatomie et Physiologie », « Certificats de réflexologie » obtenu en 2005, « Cours de Promotion de la santé à Morges et Rolle : Résoudre les difficultés personnelles », « Les signes sur sa route », « Technique d’entrevue et de communication » mais aussi « Harmonisants de Bach niveau 1 et 2 »,  « Humour et art de vivre » et encore beaucoup d’autres. Conradine a été la marraine de la chienne Octave durant plus de 15 mois. Elle a gentiment accepté de répondre à nos questions d’une part pour nous conter cette merveilleuse aventure vécue avec la chienne, nous parler de ses difficultés, de ses moments forts, de tout ce que la chienne aura pu lui apporter durant ces quinze mois, mais aussi pour nous faire connaître la fondation et peut-être trouver des fonds afin de donner la possibilité à des personnes nécessiteuses de pouvoir profiter elles aussi d’un chien-guide. Entretien.

Conradine, tu as collaboré avec la Fondation Ecole Romande pour Chiens-Guides d’Aveugles de Brenles durant plusieurs mois. Comment as-tu connu la Fondation et qu’est-ce qui t’a poussé à vivre cette expérience ?

Avec mes 20 années d’expérience professionnelle auprès de personnes malades, âgées, en fin de vie, j’ai toujours eu une soif d’apprendre pour mieux comprendre et pour mieux aider. J’ai rencontré des personnes handicapées, aveugles, et j’ai été interpellée par ce que l’animal, notamment un chien, peut apporter à ces personnes. Depuis de nombreuses années déjà je me suis rendue plusieurs fois à la fondation, aux journées « portes ouvertes », afin de m’informer comment fonctionnait la fondation pour chiens-guides d’aveugles et me renseigner sur le parrainage d’un chiot. 

La reconnaissance est l’une des deux raisons qui m’ont poussée à vivre cette expérience. Moi-même ainsi que toute ma famille jouissons d’une très bonne vue et j’en suis très reconnaissante. La deuxième raison est que j’aime infiniment les chiens et je rêve de pouvoir m’en offrir un, un jour, lorsque mes conditions de vie le permettront.

Conradine en compagnie de la maman d'Octave, Kira. Le père d'Octave s'appelle Roy Ses Deux Grandes Forêts

Comment ton choix s’est-il porté sur Octave ?

Tout d’abord j’ai effectué une demande à mon employeur afin de savoir s’il permettait qu’un futur chien-guide m’accompagne sur mon lieu de travail afin de le sociabiliser. Ayant reçu l’aval, j’ai déposé mon inscription à la Fondation pour Chiens-Guides d’Aveugles à Brenles. J’ai eu ensuite eu une entretien avec Madame Baroni, directrice de la fondation, ainsi qu’une visite à mon domicile afin de vérifier si tous les critères nécessaires pour accueillir le chiot étaient respectés et favorables pour la bonne évolution de l’animal. La directrice m’a également demandé si je désirais un chiot mâle ou femelle. Bien sûr j’ai répondu de suite une femelle sachant qu’une femelle est plus affectueuse et moins indépendante qu’un mâle. La directrice, Madame Baroni, a choisi de m’attribuer mon chiot et non pas par hasard ! Il faut savoir que dès leur naissance, les chiots sont observés et passent déjà plusieurs petits tests. Ils sont placés ensuite dans le foyer de parrainage qui leur conviendra le mieux afin qu’ils se développent et grandissent dans les meilleures conditions. Madame Baroni, comme je vivais seule, et sachant que le chiot m’accompagnerait sur mon lieu de travail et qu’il aurait, de ce fait, beaucoup de contacts, a choisi pour moi Octave (jeune chienne Labrador Retriever) assez vive qui avait déjà un caractère bien trempé.

C'était le 27 juin 2006. Octave rencontrait ses frères et soeurs. Il y avait Oméga, Oulou, Oana, Onyx, Ophir et Oural.

 

Comment a été choisi le nom d’Octave ?

Chaque année, la fondation prend une lettre de l’alphabet. Ainsi, 30 à 35 chiot par année porte un prénom commençant par la même lettre. Oméga, Oulou, Oana, Onyx, Ophir, Oural sont nés le même jour qu’Octave.


Conradine à l'oeuvre avec Octave et une certaine fierté pour la chienne à nous montrer ce qu'elle sait faire

Hormis le fait que le chien doit grandir dans une atmosphère propice à sa croissance, quels sont les différents points que le chien doit acquérir durant ces 15 mois ?

Il doit apprendre à faire ses besoins sur des grilles, apprendre le rappel. Il doit se sociabiliser avec toute personne et toute situation. Là je vais développer un petit peu car chaque détail a son importance. Il doit donc s’habituer en toute confiance à côtoyer des gens, hommes, femmes, enfants; des personnes portant des casquettes, des chapeaux, une barbe, détenant une canne, se trouvant en fauteuil roulant, portant un sac à dos, poussant un pousse-pousse. Il doit s’habituer à fréquenter les transports publics; doit être à l’aise en ville comme en campagne, doit apprendre la patience. Nous devons lui apprendre à guider dans les grandes surfaces, entre autres, les magasins d’alimentation sans être tenté de manger quoi que ce soit ; et ce n’est pas facile pour un labrador, sachant que ce sont des chiens hyper gourmands. Apprendre à marcher à la bonne distance par rapport à son maître, apprendre à monter des escaliers suspendus (pas qu’il ait peur du vide), à marcher sur toutes sortes de sols… Avant l’âge de 4 mois, nous devons également promener le chien près des stands de tir afin de l’habituer à des bruits forts telles ceux issus de coups de feu. Voilà quelques exemples qui vous permettront de vous rendre compte du travail qui fut le mien durant ces 15 mois.

En parrainant Octave durant 15 mois, tu t’attendais dès le départ à devoir t’en séparer.  Comment vit-on ces moments de séparation ?

Oh là là (moment de silence dû à l’émotion)… Hé bien voilà. Je savais bien sûr que je devais m’en séparer… Maintenant, je n’avais pas imaginé que ce soit aussi difficile, ça c’est bien clair. Ce qui a été le plus difficile, c’est de savoir qu’Octave ne puisse pas comprendre, qu’elle se sente abandonnée. Qu’elle ne puisse pas comprendre pourquoi je l’abandonnais. Et cela m’a franchement chagrinée. Heureusement j’ai été bien entourée. Notamment par toi, déjà, lors de cette journée pas évidente du 17 juin 2006 où j’ai dû rendre Octave à la fondation pour la suite de sa formation ; ma fille Sylvia, son ami Alain et Françoise ont été des personnes qui m’ont aussi grandement épaulée durant ces quinze mois. Mais nous avons vécu Octave et moi tant de merveilleuses choses, tant de moments forts. Et puis, comme tu le sais, j’étais seule avec elle, elle a été là au bon moment et elle m’a aidée à avancer vraiment. Elle a aussi favorisé des contacts dans la vie de tous les jours. Beaucoup de gens s’arrêtaient, j’ai pu avoir quelques échanges avec ces personnes et cela m’a beaucoup apporté.

Tu ne t’es pas arrêtée, avec Octave, au seul parrainage pour la fondation. Nous t’avons vue dans plusieurs télévisions locales, lors d’un reportage,  parler de ton expérience avec Octave sur ton lieu de travail. Peux-tu nous en dire d’avantage ?

La télévision est venue filmer à Mon Repos ce que je faisais avec Octave et si j’ai accepté d’être filmée c’est pour deux raisons principales. La première raison était de pouvoir montrer au public ce qu’un chien peut apporter aux personnes malades, en fin de vie ou handicapées. La deuxième raison était que ce reportage était un moyen extraordinaire pour sensibiliser quelque peu les directeurs et responsables de homes sur l’accueil d’un chien ou de tout autre animal au sein de leur établissement, pour le bien des patients.  


Quelles sont les différentes étapes de cette aventure ?

Bien entendu il y a tout ce que j’ai vécu à Mon Repos (ndlr : Home médicalisé se trouvant à La Neuveville dans le canton de Berne)  en accompagnant des personnes malades et en fin de vie. Maintenant cela tu le sais déjà. Tu l’as vu à travers le reportage télévisuel et l’article paru dans le journal « Le Vignolan » (ndlr : article que vous pourrez découvrir dans son intégralité à la suite de cette interview)


Que t’aura apporté cette aventure avec Octave ?

Octave m’a beaucoup apporté, mais cela tu le sais déjà. Je lui ai consacré beaucoup de temps. Mais ce temps a été bénéfique pour moi aussi, car il se traduisait par des heures de marche en forêt, dans la nature, par un magnifique automne 2005, un hiver très rigoureux aussi, tôt le matin, tard le soir ; j’ai vécu des levés du jour, des couchers de soleil de toute beauté, et je me suis ressourcée dans le silence de la forêt ; j’ai pu sentir l’odeur de la mousse, de la terre ; je me suis nourrie des couleurs des feuilles en automne ; j’ai vu la nature s’endormir pour découvrir les premiers bourgeons au printemps, la renaissance ; j’ai vu beaucoup d’animaux ; des chevreuils, des renards, des oiseaux aussi. J’ai pris encore conscience de tout ce que la nature peut nous apporter. De plus, lorsque l’on marche, ce sont aussi des moments favorables pour réfléchir, aller au fond de soi, méditer, prier et tout cela m’a énormément nourrie. J’ai aussi emmener Octave en ville, par exemple aux concerts. Je suis allée quelques fois au concert de jazz ou au théâtre, et, par rapport au théâtre, j’ai une petite anecdote à vous raconter. Lorsque j’ai réservé mon billet au théâtre de Neuchâtel, j’ai annoncé que je serai accompagnée d’un chien-guide. Le personnel du théâtre m’a alors réservé une place pour moi mais également pour Octave. Nous étions vraiment très à l’aise. C’était une pièce de théâtre du comédien français Olivier Lejeune, peut-être que tu le connais ? Il y avait 400 personnes et je peux te dire que les regards fusaient. Octave avait presque l’air fière (rires). Au début, en première partie elle regardait, elle observait et puis, aux premiers applaudissements, elle a aboyer et je ne t’explique pas les rires dans la salle ! Et puis, à la fin, en quittant le théâtre, plusieurs personnes se sont approchées de moi et m’ont posé des questions et à travers toutes ces questions, j’ai pu faire connaître la fondation et je trouve cela magnifique. 

J’ai également fait des rencontres qui m’ont totalement bouleversée. Lorsque je me rendais dans les grandes surfaces, j’ai très souvent rencontré des jeunes en chaise roulante qui sont venus spontanément vers moi simplement pour me dire, avec beaucoup d’émotion dans la voix et dans le regard, « merci pour ce que vous faites », sans rien ajouter. Je peux vous dire que l’émotion était à son comble. Il m’est arrivé plusieurs fois d’avoir les larmes aux yeux lorsque je sortais de l’établissement. 

J’ai aussi appris à demander de l’aide, parce que quelques fois j’avais des obligations où je n’ai pas pu emmener Octave. Pour moi c’est toujours difficile de demander de l’aide, car j’ai l’habitude de m’assumer et puis de me débrouiller par moi-même, alors j’ai aussi appris à demander de l’aide, à demander qu’on me la garde, pour un moment, une journée, pour une soirée… D’ailleurs tu m’as rendu plus d’un service à ce sujet. 

Une chose qui a été difficile pour moi également fut le regard des autres. Lorsque je me rendais avec Octave dans des lieux publiques comme les magasins en ville et autres. Les gens regardaient Octave puis me fixaient moi, pensant peut-être que j’étais aveugle. Alors je me suis sentie presque agressée parfois par certains regards. Moi qui préfère passer inaperçue, hé bien ça n’a pas été facile dans un premier temps. Et puis, je me suis dit, qu’est-ce que j’ai à apprendre avec ce qui m’arrive ? La réponse a été celle-ci. Octave m’a aimée sans paroles, tout en douceur et elle m’a mis en évidence. Elle m’a fait sortir de ma solitude, elle m’a aidée à oser exister. Elle m’a aidée à être, à prendre ma place. Je me sens d’avantage reconnue. Hé oui, Octave m’a tant apporté. Je suis toute émue Patrick parce que ça a été une merveilleuse aventure. Merci d’avoir partagé cette aventure avec moi. Merci du fond du cœur. D’en parler, d’avoir mis des photos sur ton site internet m’a à quelque part certainement aidée aussi. Je te remercie infiniment.

Article paru dans le journal « Le Vignolan » n°94 de mai-juin 2006 du home de Mon Repos à La Neuveville.
 

OCTAVE, MA MERVEILLEUSE AVENTURE

La vie est faite de rencontres extraordinaires, mais aussi de séparations qui peuvent être difficiles quelques fois. C’est ainsi que je vous annonce qu’Octave, jeune labrador retriever, que j’ai décidé de parrainer depuis le mois de mai 2005 pour la Fondation Ecole Romande pour chiens guides d’aveugles à Brenles va nous quitter définitivement en juin prochain.

Octave, depuis un an, a suivi des tests du comportement et de maîtrise dans les situations les plus diverses. Tous ces tests, Octave les a réussis avec succès. Il manquait encore ces derniers jours les résultats des tests relatifs à la santé des os qui permettaient à Octave d’être admise à la fondation et déclarée apte à devenir chien guide pour aveugle. Et c’est avec plaisir et une grande satisfaction que la fondation vient de me faire part des très bons résultats. Ce qui signifie qu’Octave, dans le courant du mois de juin, ira rejoindre la fondation dans laquelle elle poursuivra sa formation durant 6 à 8 mois avant d’être attribuée à un aveugle. 

Octave a non seulement enrichi ma vie personnelle mais aussi professionnelle. Par sa seule présence et son affection, lors de visites individuelles, elle a permis à bon nombre de pensionnaires de s’ouvrir, à exprimer les choses qu’ils avaient au fond d’eux, à permettre aux personnes qui n’avaient plus beaucoup de ressources de s’entendre dire « j’ai de nouveau envie de… ». J’ai vécu avec ces pensionnaires, grâce à Octave, des moments d’émotions intenses, des instants de partages, de confidences d’une si grande richesse. 

Octave a également contribué à approfondir la relation que j’entretiens avec mes collègues. Alors que l’on se croisait simplement dans les couloirs, elle a permis un échange de quelques mots entre nous. Elle m’a permis de faire plus ample connaissance avec celles et ceux qui m’entourent jour après jour sur mon lieu de travail.  

Lorsque je passe avec Octave dans les unités, je vois des sourires ; on l’appelle par son nom : « Octave, viens… Tu es belle toi… », on aime lui donner des caresses et comme elle n’est jamais rassasiée en affection, elle en redemande encore et encore. Difficile de traverser le corridor sans vite vérifier si M. Sunier ou Pierre-François sont dans leur bureau… Lors d’ateliers d’animations, elle est toujours la passante d’un pensionnaire à l’autre, ce merveilleux contact, cette vie qu’elle véhicule entre nous. 

Vraiment Octave, je te remercie pour tout ce que tu m’as apporté durant cette année. J’ai vécu tant d’expériences exceptionnelles que je n’oublierai jamais. C’est le cœur serré et heureux à la fois que je te laisse partir pour une noble cause, celle d’aider et de soutenir ceux et celles qui en ont besoin.  

Je tiens de tout mon cœur à remercier la direction de m’avoir permis de vivre cette expérience. A remercier également les pensionnaires, ainsi que les collaborateurs pour l’accueil qu’ils ont réservé à Octave.

 

Un grand merci à chacun.                

 
                                                                  Conradine Cattin, animatrice.

 
Article paru dans le journal « Le Vignolan » n°94 de mai-juin 2006 du Home de Mon Repos à la Neuveville.
 
 


CARTE D’IDENTITE D’OCTAVE

NOM                                                          Octave

Race                                                          Labrador retriever

Couleur                                                       Noir

Sexe                                                          Femelle

Date de naissance                                       28.02.2005